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Les ministres algérien, tunisien et libyen des AE pour la poursuite des efforts en soutien à la stabilité de la Libye

ALGER, 1 nov 2021 (TAP) – Les ministres des Affaires étrangères de l’Algérie, de la Tunisie et de la Libye ont affirmé, lundi dans un communiqué conjoint, leur détermination à poursuivre les efforts communs, en collaboration avec l’ensemble des pays voisins de la Libye, afin de concrétiser les priorités de la prochaine étape en Libye.

La déclaration intervient dans le cadre d’une rencontre consultative qui a réuni, lundi après-midi à Alger, le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra, la ministre libyenne

des AE et de la Coopération internationale, Najla Al-Mangouche et le ministre des AE, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Othman Jerandi, en marge des festivités commémoratives du 67ème anniversaire du déclenchement de la Glorieuse guerre de libération.

Les ministres ont passé en revue, précise le communique, la situation prévalant en Libye pour pouvoir mener des concertations et coordonner les positions à son sujet, évoquant l’état des préparatifs des prochaines échéances prévues sur la scène nationale libyenne et les efforts visant à booster le processus sécuritaire-militaire, aux fins de favoriser le règlement de la crise et œuvrer à l’amélioration du climat dans ce pays

frère.

La rencontre a été une occasion pour les ministres d’échanger les vues sur les prochaines réunions autour de la Libye, notamment la Conférence de Paris, note la même source, relevant « le rôle prépondérant que devrait accomplir l’Etat de Libye en tant que principal partenaire à cette

conférence ».

Les ministres ont exprimé « leur détermination à poursuivre les efforts communs, en étroite collaboration avec les pays du voisinage libyen, afin de permettre aux frères libyens de concrétiser les priorités de cette étape tant importante, en assurant les préparatifs et la réussite des élections ».

Il a, également, été question « de fédérer les institutions, assurer le retrait des mercenaires, combattants et forces étrangères, et soutenir les efforts de réconciliation nationale, conformément aux conclusions des conférences de Berlin et aux résolutions du Conseil de sécurité y afférentes ».

Les ministres ont également salué « le succès » de la Conférence ministérielle de soutien à la stabilité de la Libye, tenue le 21 octobre dernier à Tripoli, qui a vu une forte participation internationale et consacré « une nouvelle approche de traitement de la situation en Libye, basée sur les principes d’appropriation nationale, de partenariat efficace et de la responsabilité commune ».

Ces trois ministres ont par ailleurs exprimé leur disponibilité à « poursuivre leur soutien à l’initiative et mobiliser le soutien international nécessaire à la réalisation des objectifs escomptés de manière à mettre fin aux divisions et à préserver la sécurité et la stabilité en Libye et dans tous les pays voisins ».

Les ministres des Affaires étrangères de l’Algérie, de la Libye et de la Tunisie ont enfin convenu de suivre et d’intensifier la concertation et la coordination sur le dossier libyen, ainsi que sur d’autres questions d’intérêt commun.

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Un nouveau livre de Khalifa Chater : Une réflexion sur les 3 décennies de Bourguiba .. Par Kamel Ben Younes

Par Kamel Ben Younes

Universitaire et Journaliste

Faudrait il réfléchir de nouveau sur les 3 décennies du président Habib Bourguiba au palais de Carthage ?

Le moment est t il convenable pour réviser le parcours du chef du mouvement national (1934-1956 ) puis les caractéristiques de sa présidence en tant que premier chef de la république ( 1957-1987) et son « œuvre » en tant qu’intellectuel et « leader » libéral qui avait défendu un « socialisme humain » (le « socialisme bourguibiste » ?

Trente quatre ans après le « coup d’état médical » du 7 novembre 1987, le grand historien universitaire et expert en études internationales Khalifa Chater présente un « essai » dans un livre paru en 230 pages format moyen chez AC Editions , intitulé « L’Ere Bourguiba ».

Certes plusieurs études universitaires et livres étaient publiés sur l « Ere Bourguiba » et le « Bourguibisme » en arabe et en français , mais l’originalité de celui du professeur émérite d’histoire contemporaine Khalifa Chater est qu’l est rédigé par un grand historien qui avait connu de très prés Bourguiba et ses collaborateurs et partenaires tunisiens et étrangers .

Il en profite pour enrichir son livre par des témoignages inédits et tirer des conclusions.

Originaire lui-même de Monastir , ville natale de Bourguiba , Khalifa Chater est en aussi l’époux de la fameuse Souad Cater , citée par Bourguiba et ses adjoints dans leurs discours de politique sociale et de santé.

Mme Chater était la célèbre PDG ( présidente directrice Générale ) de l’office du planning familial crée par le « combattant suprême » pour encadrer les interventions de l’état dans les domaines de la planification de la croissance démographique et la santé des femmes et bébés .

Le livre « L’ère Bourguiba » présente en même temps des analyses académiques de la Tunisie d’avant 1988 ainsi que de

témoignages de valeur, notamment ceux de Abdelmajid Karoui, chef de Protocole de Bourguiba, Taher Belkhodja ancien ambassadeur et ministre de l’intérieur, Hedi Bacouche ancien ministre et directeur du parti unique…etc

Le livre rappelle aussi « l’emploi de temps quotidien » de Bourguiba, depuis sa levée à 5 heures du matin, son mode opératoire et ses relations avec ses proches ainsi qu’avec les cadres de l’état et du parti au pouvoir .

Khalifa Chater revient longuement sur les différentes étapes de l’ère Bourguiba, depuis son retour triomphal à Tunis, le 1er juin 1955, soigneusement préparé ,mentionnant comment il s’était entraîné en France à monter le cheval au port de la Goulette.

Le livre considère les années 1956 – 1980, comme la période d’apogée du régime Bourguiba, malgré certains « échecs » dont les crises socio économiques et les émeutes sanglantes en marge des grèves violentes et incidents sanglants de janvier 1978 et janvier 1984 .

L’auteur considère que les faiblesses du gouvernement Mohammed Mzali ( 1980-1986 ) avaient préparé le pays à ce qu’il appelle au « coup d’État du 7 novembre 1987 ».

La main de l’étranger n’est pas absente, souligne Chater, citant divers éléments. Au moins, les Algériens, les Américains et les Italiens étaient au parfum, avance-t-il avant le « coup ».

Il mentionne d’abord, la visite à Tunis, la veille du 7 novembre, du ministre algérien de l’Intérieur, Hédi Khedhiri, mais aussi et surtout le témoignage de l’Amiral Fluvio Martini, alors chef des services secrets italiens (SISMI), sous le gouvernement de Bettino Craxi. Dans une interview accordée au quotidien romain La Repubblica, le 11 octobre 1999, il relate avec détails la visite de Craxi à Alger en 1984 et l’inquiétude des Algériens de la déstabilisation croissante en Tunisie, les rendant prêts à intervenir, quitte à envahir la partie du territoire tunisien où transite le pipeline qui conduit le gaz naturel algérien jusqu’en Sicile… Pour éviter pareille décision, Craxi avait dépêché l’Amiral Martini à Alger, puis à Paris, afin d’envisager la succession de Bourguiba, par l’homme qui paraissait le mieux placé, Ben Ali.

Parmi les témoignages insérés en annexes figurent ceux de Sid Ahmed Ghozali, Gisela Baumgratz, l’ancien ambassadeur américain à Tunis Robert Pelletreau (1987 – 1991).

Ce dernier raconte comment il a été prévenu par Hédi Bacouche nouveau premier ministre , tôt à l’aube le 7 novembre 1987, de la déposition de Bourguiba.

Le livre enrichira la bibliothèque des historiens et décideurs politiques en Tunisie . Cependant il aurait pu être plus « équilibrée » si l’auteur l’avait enrichi par un chapitre de réflexion critique de certains choix politiques du « combattant suprême » dont son refus de passer à une plus grande ouverture sur la nouvelle jeunesse , la libéralisation des medias et au multipartisme malgré les suggestions de ses proches depuis 1971 au congres du parti au pouvoir à Monastir puis au cours du gouvernement présidé par l »intellectuel libéral Mohamed Mzali ( 1980-1986).

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Épisode 3 : De l’Afghanistan à l’Irak, les renoncements américains

La date n’a pas été choisie au hasard : le 11 septembre 2021, les Etats-Unis commémoreront les vingt ans des attentats de 2001 et le retrait définitif des troupes américaines sera enfin achevé en Afghanistan. Un soulagement pour l’opinion publique américaine qui voit se terminer le plus long conflit de son histoire. Mais les talibans ont fait leur retour et ne cessent d’accroître leur emprise sur le territoire, à tel point que leur accession au pouvoir apparaît désormais inévitable. Alors, à quoi auront servi les vingt années d’une guerre coûteuse et meurtrière pour, au final, rendre le pays à ceux que l’on avait promis d’en chasser, les talibans ?

La guerre en Irak l’a bien montré : on ne quitte pas impunément un pays après tant d’années de présence armée. Pour beaucoup, en effet, il faut voir dans l’émergence de l’Etat islamique une des conséquences du chaos instauré dans le pays après l’invasion américaine et la gestion désastreuse de l’après-guerre. C’est ici que réside le paradoxe : si, en Afghanistan comme en Irak, les Américains furent perçus comme une force d’occupation étrangère engagée dans des guerres injustes, leur départ risque de créer un vide sur lequel pourraient prospérer les réseaux terroristes.

Alors, quel est le bilan de ces guerres contre le terrorisme lancées dans le sillage des attentats du 11 septembre ? Pourquoi la politique de « démocratisation » du Moyen-Orient – brandie comme la solution miracle pour éradiquer le terrorisme – a-t-elle échoué ? Les interventions américaines en Irak et en Afghanistan sont-elles autre chose qu’un renoncement ?

Une conversation avec Elie Tenenbaum, responsable du laboratoire de recherche sur la défense de l’Ifri et Myriam Benraad, chercheuse associée à l’Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans, Université d’Aix-Marseille.

Fin 2001, la victoire militaire américaine est totale. Al-Qaïda est battu, les camps d’entraînements sont dispersés, les talibans sont en déroute. En 2010-2011, quand les États-Unis quittent l’Irak, Al-Qaïda en Irak est une organisation exsangue. C’est l’incapacité à avoir un projet politique durable et satisfaisant, notamment avec les populations arabes sunnites en Irak, qui va conduire à la réémergence des forces islamistes. La réintervention militaire dans la région est due à un problème politique. Elie Tenenbaum 

L’arrivée de l’État Islamique en Afghanistan est à lier au contexte sécuritaire chaotique créé par l’intervention militaire américaine. Il faut ajouter à cela qu’une partie de la jeunesse afghane a été témoin de la violence des opérations étatsuniennes et talibanes. Il y a également une grande misère sociale et un dépérissement du politique : d’ailleurs il n’y a pas d’État en Afghanistan au pouvoir actuellement. C’est pourquoi la pire des options l’emporte. La jeunesse fait le choix de l’État islamique, qui ne cesse de progresser à l’est du pays. Myriam Benraad 

Seconde partie – le focus du jour

Iran-Etats-Unis : les rendez-vous manqués de la guerre contre le djihadisme sunnite

Avant d’être frappé par la menace terroriste islamiste sunnite le 11 septembre 2001, la principale menace désignée par les Etats-Unis post-guerre froide était incarnée par la théocratie chiite iranienne, violemment anti-américaine. Cette nouvelle guerre contre le terrorisme va donner à ces deux ennemis des convergences d’intérêts, d’abord contre les talibans, puis contre Daesh. A plusieurs reprises, ces cibles communes ont offert à Washington et Téhéran des occasions de rapprochement – toutes manquées, au nom d’un désaccord idéologique de leurs rapports bilatéraux.

Avec Didier Chaudet, consultant indépendant, spécialisé sur les questions géopolitiques et sécuritaires en Asie du Sud-Ouest et en Asie Centrale post-soviétique, auteur sur Asialyst.

Les Iraniens se sont engagés aux côtés de l’Afghanistan dans les années 90 en fournissant des armes et un soutien militaire. C’est pour cela qu’ils ont été écoutés. Par la suite, l’Iran a joué le rôle du bon voisin de l’Afghanistan financièrement et sur le plan humanitaire. C’était dans son intérêt de procéder de cette façon, car l’Afghanistan représente un danger par son flux migratoire – entre 2,1 et 2,5 millions de migrants illégaux dans le pays – et par le trafic de drogue, notamment de l’héroïne, qui alimente la population iranienne. Didier Chaudet

Une émission préparée par Margaux Leridon et Mélanie Chalandon. 

Références sonores

  • Extrait de l’allocution télévisée de Joe Biden du 14 avril dernier au cours de laquelle il annonce le retrait des troupes américaines d’Afghanistan d’ici le 11 septembre prochain (France 24, 14 avril 2021)
  • Témoignage d’un étudiant ayant assisté à l’attentat sur le campus de l’université de Kaboul en novembre dernier (Euronews, 02 novembre 2020) témoignage d’un autre étudiant et de son père (TV5 Monde, 02 novembre 2020)
  • Annonce de la mort d’Abou Moussab al-Zarkaoui le 08 juin 2006 lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche (C-Span, 08 juin 2006)
  • En juin 2014, le président Hassan Rohani annonçait que l’Iran était prêt à apporter une aide militaire au sein de la grande coalition contre le terrorisme (France 24, 14 juin 2014)
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Révélations d’un ancien ambassadeur tunisien concernant l’Algérie : « Votre pays est ciblé par un complot » !

Les accusations sont peu précises, aucun nom n’est donné ni aucun détail mais son auteur est tout de même un ambassadeur ce qui lui confère une certaine crédibilité. À suivre…


Mohamed-Nejib Hachana, qui estime que l’Algérie est forte et ne tombera pas, assure toutefois que si elle tombe la région tout entière sombrerait dans le chaos.

L’Algérie, cet havre de paix et de stabilité est la cible d’un complot! Cette grave révélation n’émane pas de nos politiques qui usent et abusent de la fameuse main étrangère, mais d’un diplomate étranger!
En effet, l’ancien ambassadeur de Tunisie aux États-Unis, puis en Algérie, Mohamed-Nejib Hachana, a révélé l’existence d’un complot visant à déstabiliser à terme l’Algérie et appelé les autres pays de la région à coopérer sur le plan militaire et sécuritaire avec l’Algérie afin de le déjouer. Interrogé par une chaîne de télévision tunisienne à propos de l’existence réelle ou supposée d’un complot contre l’Algérie et dont la Tunisie serait la porte d’entrée, Mohamed-Nejib Hachana considère que « même si sur le plan officiel nul ne peut dire cela, mais il y a une appréhension et une incertitude ».
Néanmoins, il insiste en disant que c’est une réalité qui n’est toutefois pas immédiate. «Il existe réellement un plan, mais qui n’est pas prévu pour tout de suite», rétorque-t-il. Cependant, il estime que « l’Algérie est forte et ne tombera pas dans ce piège; elle a ses hommes et ses forces intrinsèques et elle saura éviter ce piège ».

L’ancien ambassadeur prévient tout de même que s’il arrivait malheur à l’Algérie, « la région tout entière sombrerait dans le chaos ».

« L’Algérie est le pilier de la stabilité dans notre région», a-t-il dit, avant de plaider pour «une vraie et sincère coopération avec l’Algérie, spécialement dans le domaine sécuritaire et militaire, de la Tunisie, mais aussi du reste des pays maghrébins ». « C’est important et déterminant pour notre stabilité et notre devenir », a-t-il conclu.
Ce n’est pas la première fois que des diplomates étrangers avertissent l’Algérie contre un «complot» qui vise à la déstabiliser.
En 2014 déjà, le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, avait révélé l’existence d’un tel complot! En visite éclair en Tunisie, il avait soutenu que des « parties étrangères» veulent mettre l’Algérie à feu et à sang à travers la commercialisation d’un printemps algérien. Sans les nommer, le diplomate russe avait assuré que ces mêmes parties «ont ouvert plusieurs fronts près des frontières algériennes depuis la Libye, la Tunisie et le Mali ».
Le chef de la diplomatie russe avait dans ce sens dévoilé que l’Algérie est devenue la cible des instigateurs et autres fomentateurs qui insistent pour y écrire le dernier épisode d’un supposé printemps arabe. Le complot qui se trame contre notre pays se dessine donc de plus en plus. Mais au grand dam des ennemis de l’Algérie, les Algériens sont des frères qui ne se déchirent pas, et quand ils s’embrouillent, savent se dire pardon.
Les dures épreuves qu’ils ont traversées ensemble depuis des siècles en sont la meilleure preuve…

Hachana confie que l’audience a duré 3h30. « Ce que m’a dit Bouteflika »

L’ancien ambassadeur de Tunisie aux Etats-Unis puis en Algérie, Mohamed-Nejib Hachana, s’est pris au jeu des confidences à une chaîne tunisienne sur son passage en Algérie. Il raconte dans ce sens l’entretien qui l’a marqué, à savoir celui qu’il a eu avec le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika. Ainsi, il fait savoir que lors de la présentation de ses lettres de créances à Abdelaziz Bouteflika, contrairement à ses collègues, son audience a duré 3 heures et demie durant laquelle ils avaient fait le tour des questions régionales et internationales. Il a ajouté que le président Bouteflika l’interrogeait, mais l’écoutait plus qu’il ne parlait. Le diplomate a également évoqué une question que lui avait posée le président Bouteflika sur la vision des Américains et de Washington sur les présidents, notamment arabes. À ce propos, l’ex-diplomate dit avoir répondu que partant de son expérience des Américains, « Washington considère que tout président doit partir dès lors que sa mission est terminée ».


Walid AÏT SAÏD – L’Expression [Algérie]

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Tunisie: Hamma Hammami largement élu secrétaire général du parti des Travailleurs

Hamma Hammami a été plébiscité au poste secrétaire général du parti des Travailleurs à l’issue du 5ème Congrès nationale du parti en obtenant 160 voix des 171 délégués présents lors de ces assises du parti.

Une commission du parti des Travailleurs comprenant 19 membres a été formée lors de ce Congrès, a indiqué une source du parti.

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Entretien avec François Burgat: Comprendre l’Islam Politique

«Les crispations “djihadistes” sont souvent exacerbées par des ingérences étrangères»

Après avoir acquis une solide expérience des réalités du Monde arabe à travers de longs séjours et de nombreuses pérégrinations, François Burgat livre, dans « Comprendre l’islam politique » Editions La Découverte, quelques clés explicatives du phénomène auquel il a consacré trois autres grands ouvrages . Son propos à l’encontre de la doxa régnante en ce domaine nous a paru assez original pour que nous éprouvions le désir de prêter l’oreille à ses analyses.

Entretien

Par Omar Merzoug 
Quotidien d ‘ Oran 



Entretien avec François Burgat: Comprendre l'Islam Politique

Omar Merzoug : «Comprendre l’islam politique» est un essai assez particulier si on le compare à vos livres précédents. Il est sous-titré « Une trajectoire de recherche sur l’altérité islamiste ». Pourquoi ce style particulier ? Quelle est votre visée dans cet ouvrage ? 

François Burgat :   Même si le livre n’est pas exempt d’une dimension autobiographique, mon objectif principal était ailleurs. Je voulais avant tout, en la mettant à jour, donner une nouvelle présentation de mon approche analytique. Sans me départir d’une problématique qui a très peu évolué depuis que, au début des années 1980, j’ai abordé l’étude des courants islamistes, j’ai voulu contextualiser, dans chacun de mes terrains successifs, la gestation de mes principales hypothèses. Expliquer en quelque sorte, et le cas échéant justifier, comment et pourquoi j’avais progressivement construit mon approche dans ce qu’elle peut avoir aujourd’hui de relativement spécifique.


O.M : Vous vous situez dans le sillage de vos aînés que vous nommez (Maxime Rodinson, Charles-André Julien ou Jacques Berque), en quoi vous distinguez- vous de vos devanciers ? Par les thèses? Par la méthode ? 

F.B :   J’ai un immense respect pour eux tous. Ils ont nourri ma compréhension de plusieurs facettes essentielles du Monde arabe au cours de la période coloniale et des premières décennies des indépendances. Tous étaient proches de leur terrain et dans une attitude suffisamment empathique pour être vaccinés contre les plus fragiles théorisations essentialistes de certains de leurs successeurs, notamment américains. Cette dérive essentialiste qui affecte bon nombre d’écrits sur “le Monde musulman” a une origine facile à identifier : la propension à enfermer l’Autre dans un petit nombre de “certitudes” culturalistes est banalement, en général, inversement proportionnelle à la qualité de la connaissance sociologique qu’on a de cet Autre. Plus cette connaissance est ténue, plus sera forte la tendance à se réfugier dans le raccourci facile qui consiste à l’enfermer dans l’exégèse de quelques traits de sa religion ou de sa culture. Cela étant dit, peu de mes grands aînés ont abordé la problématique de l’islamisme contemporain. Et ceux qui l’ont fait (notamment Berque vis-à-vis de la gestation des Frères musulmans) l’ont fait en des termes dont j’ai éprouvé le besoin de me démarquer. L’empathie de Berque avec la génération nassériste était telle que les premiers repères de sa perception du courant fondé par Hassan al-Banna étaient à mon sens très restrictifs. Même l’immense Rodinson a commenté les événements du Onze septembre en des termes auxquels je ne pouvais souscrire .


O.M :  En faisant part d’une solide conviction, vous écrivez : «Les tensions qui affectent la relation du Monde occidental au Monde musulman ont une origine plus politique qu’idéologique ». Ça mérite un commentaire. 

F.B :   C’est effectivement cette perspective qui structure l’essentiel de ce que j’ai écrit. Les dominants (c’est-à dire, pour d’évidentes raisons historiques, les Européens et les Américains, mais tout autant les élites arabes au pouvoir) ont un penchant récurrent à nier la dimension politique des différends qui les opposent à ceux qui contestent la légitimité de leur pouvoir ou la validité de leurs politiques. Un de leurs réflexes les mieux partagés lorsqu’ils sont confrontés à un différend politique est non seulement de ne blâmer que l’Autre, mais également d’expliquer la divergence en l’attribuant à un atavisme lié à sa culture ou à sa religion. Cette posture permet à celui qui l’adopte de s’exonérer de toute responsabilité. Eh bien, disons qu’une constante de mon approche a été de redonner toute sa place à la matrice banalement politique des différends qui ont jalonné la relation entre les Européens et le Monde “musulman” de leurs proches voisins du Sud et de l’Est de la Méditerranée. Cette approche a conservé une certaine originalité au Nord de la Méditerranée. Mais elle est considérée comme beaucoup plus banale sur la rive “musulmane” du monde. Je dirais donc que la durée de mes séjours dans le Monde musulman m’a manifestement conduit à rééquilibrer la perception occidentale dominante en y ajoutant un peu de la sensibilité qui prévaut, sinon dans ces sociétés en général, au moins dans les composantes de ces sociétés dont la communication avec nos médias est particulièrement déficiente.


François Burgat. Source inconnue

François Burgat. Source inconnue
O.M :  Vous avez publié trois ouvrages qui développent l’essentiel de vos propositions, « L’islamisme au Maghreb » (éd. Khartala/ Payot), « L’islamisme en face» et « L’islamisme à l’heure d’Al-Qaida » (éd. La Découverte); à quels résultats aboutissez-vous ? 

F.B :   En peu de mots je dirai que je me suis avant toute chose efforcé de mettre en évidence la corrélation très directe entre le phénomène ou le “moment” islamiste qui traverse les scènes politiques arabes et la vieille dynamique de décolonisation. C’est pour cela que j’ai proposé de “construire” la poussée islamiste comme une sorte de troisième temps ou de troisième facette, culturelle ou symbolique, de la dynamique indépendantiste, et donc comme la suite ou comme le corollaire des ruptures politiques (les indépendances) et économiques (les nationalisations). Cela m’a permis de faire le tri entre l’ivraie du repli identitaire et le bon grain d’une plus banale affirmation culturelle. Et de montrer ce faisant que – contrairement au credo occidental – (ou même d’une partie au moins des gauches arabes) – ce phénomène ne peut pas être réduit sans nuance au rang d’une pathologie sociale et politique. J’ai rétabli en quelque sorte dans l’analyse du phénomène islamiste la diversité et le caractère évolutif des expressions, et ce faisant un certain relief et une certaine complexité que le registre de discrédit très caricatural sur lequel les islamistes ont longtemps été traités par le regard occidental ne permettait pas de prendre en compte. Il n’est pas question de nier que la remise à distance de tout ou partie de l’héritage occidental du fait du contexte colonial de sa médiation peut générer des postures purement réactives dont certaines peuvent être très légitimement considérées comme pathologiques. Mais la dynamique dite islamiste dans son ensemble ne peut aucunement être réduite à cette dérive. Le fait pour les sociétés de l’ex-périphérie coloniale de rechercher, sur le registre identitaire, à restaurer la légitimité et l’universalité de la culture (islamique) héritée justifie à mon sens une approche moins simplificatrice que celle qui s’est plus ou moins imposée dans les opinions publiques et dans les classes politiques occidentales.


O.M : Vous consacrez tout un chapitre à l’Algérie. Quel rôle a joué votre séjour et votre expérience algérienne dans la cristallisation de votre conscience politique ? 

F.B :   Pour prendre la mesure de l’importance et de la complexité de la séquence coloniale, s’il faut privilégier un terrain, ce devrait être la relation franco-algérienne. Elle est, à tous égards, très archétypique. C’est la plus longue, la plus totale et bien sûr la plus violente. Dans mon itinéraire personnel, après un certain nombre de prises de contact avec le monde non français puis non européen, l’Algérie a par ailleurs été la première coupure longue (sept ans) avec l’univers familial et national de ce que j’appelle ma culture “héritée”. C’est donc en Algérie que j’ai entrevu d’abord l’importance de la fracture qui sépare jusqu’à ce jour les mémoires respectives. C’est là que j’ai mesuré la difficulté qu’avait eu mon environnement familial et national, notamment éducatif, à me transmettre une vision raisonnablement plurielle ou simplement… réaliste de cette séquence conflictuelle. Je l’exprime en disant que j’ai compris en Algérie que “l’histoire de l’Autre” était bien souvent, avant toute chose, une histoire “autre”. Cette rupture féconde avait également eu lieu lorsque j’avais eu l’occasion d’aller mesurer, sur le terrain du conflit israélo- arabe, la profonde distance qui séparait le credo médiatique et politique dominant dans ma “patrie des droits de l’homme” avec la cruelle réalité que, jusqu’à ce jour, la France, et bien d’autres, laissent se pérenniser. J’ai évidemment appris bien d’autres choses en Algérie. J’ai commencé à y entrevoir la nécessité essentielle de sortir des limites de ma francophonie et amorcé mon long itinéraire – encore inachevé ! – d’acquisition de la langue arabe. J’y ai pris enfin la mesure de la force et de la faiblesse des stratégies développementistes conduites par les Etats pétroliers, ainsi, bien sûr, que les travers inhérents à un certain nombre de régimes autoritaires dans cette région du monde.


Malek Bennabi. Source inconnue. CC BY-SA 4.0

Malek Bennabi. Source inconnue. CC BY-SA 4.0
O.M : Vous évoquez Malek Bennabi à qui vous rendez hommage. Quel profit avez-vous tiré de la lecture de ses essais ? 

F.B : Les témoignages de Malek Bennabi et notamment ses éclairantes “Mémoires d’un témoin du siècle” contiennent une fascinante formulation et une toute aussi fascinante illustration de ce que j’ai longtemps peiné pour ma part à entrevoir et plus encore à exprimer. Le témoignage de Bennabi couvre, comme il le dit, le spectre long de l’histoire coloniale algérienne puisque sa mémoire englobe les récits de ses ancêtres face à l’irruption militaire étrangère dans sa ville de Constantine jusqu’aux premiers frissons de la guerre de Libération. Il demeure avant tout pour moi l’un de ceux qui ont déconstruit le plus éloquemment les ressorts culturels et symboliques de la domination coloniale. Je vénère notamment cette formule qu’il a eue pour dénoncer les grossières manipulations électorales de la puissance coloniale : “C’est la méthode de ‘ôte ta conscience de là que j’y mette la mienne’”.


O.M : Vous dites que la radicalisation de l’engagement islamiste est avant tout le fruit des ingérences étrangères ? Pourriez-vous éclairer notre lanterne sur ce point. 

F.B :  J’ai souligné ce qui devrait être une évidence, mais ne l’est toujours pas ! Les crispations “djihadistes” au sens le plus contemporain de ce terme sont systématiquement liées, avant tout, à un profond dysfonctionnement des institutions ayant vocation à assurer la représentation politique au sein des sociétés concernées. Mais l’histoire montre que ces dysfonctionnements sont très régulièrement exacerbés par des ingérences étrangères. Le djihadisme dans sa version contemporaine a vu le jour en Afghanistan en réaction aux ingérences soviétique d’abord, américaine ensuite. Il a pris pied en Irak en 2003 en réaction à l’invasion américaine puis à l’ingérence iranienne. En Syrie, il prospère – sans oublier la stratégie opaque du régime – dans le droit fil de la triple ingérence iranienne encore puis russe et bien sûr occidentale dans le conflit.


O.M : A quoi répond votre décision d’apprendre la langue arabe ? En quoi la connaissance de la langue arabe vous paraît-elle prospective ? 

F.B :   Pour d’innombrables et très banales raisons ! Mais disons que pour tout être sur terre, la familiarité avec un univers symbolique autre celui de sa culture héritée est extrêmement enrichissante. Or, elle l’est peut-être plus encore pour un occidental pour une raison évidente. Un citoyen du Maghreb ou du Proche Orient a vécu – chez lui – une ouverture forcée aux cultures et religions autres que la sienne. Ce qui n’est pas le cas des citoyens dont les pays ont été un temps en situation d’hégémonie mondiale.


O.M : Vous faites état de divergences fortes avec d’une part Olivier Roy et encore plus profondes avec Gilles Kepel. Quelles sont ces divergences et à quoi tiennent-elles ? 

F.B :   En résumé, je dirais que ces deux approches, si différentes soient-elles, ont en commun de nous détourner de ce que je considère comme l’essentiel qui est de penser la part de responsabilité de l’environnement dans lequel évoluent ceux qui se “radicalisent”, c’est-à-dire… la “nôtre”, celle des non musulmans dans le théâtre politique occidental ou celle des dominants dans l’arène politique orientale. Roy pense pouvoir affirmer qu’aucun des grands préjudices subis par les sociétés musulmanes, dans le contexte colonial puis dans le cadre ultérieur de l’immigration et des politiques étrangères actuelles, n’a quoi que ce soit à voir avec cette radicalisation. C’est une posture parfaitement irréaliste. Kepel pense que c’est l’idéologie salafiste qui vient entraîner les citoyens français sur la pente de l’action violente. Son approche suppose que l’idéologie radicale produise la radicalisation de l’action politique . Je pense pour ma part à peu près… exactement le contraire ! A savoir que les djihadistes n’optent pour la version binaire et clivante, potentiellement conflictuelle de leur identité religieuse que parce qu’ils ont fait d’une façon ou d’une autre l’objet d’une stigmatisation sociale et/ou politique. Nous ne devrions donc concentrer notre lutte non pas contre “les idéologies radicales” (islamistes aujourd’hui, marxistes ou nationalistes hier) mais bien contre les dysfonctionnements des institutions politiques qui fabriquent ceux qui, dans le vaste “supermarché” des modes d’appropriation en politique de leur identité religieuse choisissent systématiquement la case “radicale”. Kepel inverse donc les effets (la mobilisation, très légitime, contre l’islamophobie) et les causes (les failles du “vivre ensemble” national). Et il cède à la facilité de criminaliser (en les traitant d’”islamogauchistes”) ceux qui veulent traiter ces causes qu’il se montre incapable d’identifier lucidement.


________________________
[1] « L’islamisme au Maghreb » (éd. Khartala/Payot), «L’islamisme en face » et «L’islamisme à l’heure d’Al-Qaida » (éd. La Découverte).

[2] Interrogé par un journaliste du magazine «Le Point» sur les motivations des auteurs des attentats du 11 septembre qui évoque « le choc des civilisations», Maxime Rodinson n’oppose aucune dénégation à cette «formule » controversée même s’il la nuance : «On peut y déceler une origine de cette sorte, déclare-t-i, Il existe une concurrence entre l’Orient et l’Occident. Mais le phénomène est complexe. On ne peut pas affirmer globalement que tel événement ressort de la civilisation et tel autre non ». Les notions d’Orient et d’Occident sont ici prises dans une vision essentialisée. Tout se passe comme si l’Occident et l’Orient étaient des notions univoques, intemporelles, éternellement égales à elles-mêmes, sans perspective d’évolution ni de transformation (Omar Merzoug).

[3]Une violente polémique a opposé, l’année dernière, Oliver Roy, philosophe de formation qui s’est spécialisé dans l’étude de l’islamisme à Gilles Kepel, connu pour ses livres comme « La revanche de Dieu» ou «Jihad». Olivier Roy considère qu’on ne peut parler en toute rigueur de « la radicalisation de l’islam» mais plutôt de «l’islamisation de la radicalité». Autrement dit le fanatisme religieux meurtrier aurait peu de chose à voir avec la religion, mais beaucoup avec une sorte de révolte juvénile touchant une génération entière qui puise dans la religion ses mots d’ordre et ses motifs d’action. A l’inverse, G. Kepel tient le salafi sme pour la clef explicative des actions terroristes. Alors que pour O Roy, le fait religieux est marginal, Kepel en fait la matrice qui rend compte du terrorisme islamiste.


Entretien avec François Burgat: Comprendre l'Islam Politique

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Zied Laâdhari : La seule solution pour booster l’économie est d’encourager le secteur privé

A l’occasion du Forum international sur les partenariats public privé (PPP) qui débutera mardi 18 septembre, le ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération Internationale Zied Laâdhari, a déclaré, ce lundi 17 septembre 2018 à Express FM, que 33 projets fondamentaux pour la Tunisie y seront présentés.

 

M. Laâhdhari a notamment expliqué que ces projets concernent des secteurs vitaux en Tunisie dont  le transport, les énergies, les eaux, l’environnement, l’infrastructure et le développement urbain scientifiques et technologique.

 

Il a également précisé que le Forum PPP est complètement différent du Forum Tunisia 2020 sur deux axes majeurs: Le forum PPP est destiné aux investisseurs et non aux bailleurs comme Tunisia 2020 et c’est une occasion pour présenter des projets structurés et non de simples idées de projets.

 

Selon ses dires, le Forum comportera plus de 1200 intervenants dont le quart est composé d’investisseurs de groupes internationaux.

 

Le ministre a aussi affirmé que la seule initiative pour booster l’économie, est d’encourager principalement les investissements étrangers et de se concentrer sur le secteur privé qui travaillera en partenariat avec les institutions publiques.

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Moncef Achour : NidaaTounes ferait partie de la solution

Observateur de la scène politique, après avoir été un des dirigeants  du parti Nidaa Tounes, Moncef Achour dresse un état des lieux de la situation politique. Interview.

leconomistemaghrebin.com : Quelle lecture faites-vous du paysage politique actuel ?

Moncef Achour : La première remarque et la plus importante concerne la fracture entre classe politique et citoyens. Le fossé s’approfondit de plus en plus. Il s’agit d’une sérieuse crise de confiance et d’image. Nous sommes face à un déficit de crédibilité et un sentiment de déception et de désenchantement. En conséquence, on peut dire aujourd’hui que le grand parti politique en Tunisie est celui des abstentionnistes.

Plus que jamais, l’idée, en politique, que l’important n’est pas la vérité mais la perception qu’en ont les gens, est confirmée. Ce qui compte ce n’est pas l’auto-proclamation des politiques, mais la perception des citoyens.

La deuxième remarque est relative à l’état des institutions et des acteurs politiques et sociaux, notamment les partis politiques. Se pose ici la question du rapport à la démocratie, tant en externe, quand le parti s’adresse à la société, qu’en interne quand il s’adresse aux adhérents.

Troisième et dernière remarque : le trait dominant caractérisant le paysage politique, à savoir le net déséquilibre des forces en présence. Il y a Ennahdha et les autres…

Dans un excellent édito dans Jeune Afrique, M. Béchir Ben Yahmed a abordé cette question avec beaucoup de pertinence. Pour lui, les islamistes ne représentent que 20% de la société mais, comme il s’agit d’un parti dogmatique et discipliné, sa force est aussi la faiblesse et l’effritement des autres forces dites modernistes.

À mon sens, la crise et l’implosion de Nidaa Tounes, sa dérive sur fond de népotisme et de populisme, l’usurpation de l’identité du parti (le pluralisme de ses horizons politiques et de ses militants et sa démarcation par rapport au projet islamiste), tous ces facteurs sont la cause principale de ce déséquilibre. Qui, par ailleurs, a faussé le choix du consensus devenu ainsi contre-productif.

C’est pour cela que la première des priorités aujourd’hui est de commencer à fédérer, à rassembler sur des bases solides pour créer l’équilibre, seul garant de la stabilité et de l’alternance politique.

Les Tunisiens ont-ils su gérer l’héritage de l’ancien régime dont de nombreux symboles reviennent sur le devant de la scène?

Malheureusement, les surenchères islamo-gauchistes ont usurpé le droit du peuple tunisien et de la mémoire nationale collective à faire l’inventaire et le bilan de l’ancien régime pour pouvoir en tirer les conséquences et les conclusions. On se rappelle des slogans «50 ans de ruine» ! Jamais l’Etat de l’indépendance n’a été aussi diabolisé, dénigré et insulté.

C’est l’ivresse et l’enchantement révolutionnaire. Pourtant les institutions et les structures de l’Etat tunisien après le départ de Ben Ali ont continué à fonctionner convenablement. La transition démocratique est par essence une voie non révolutionnaire, une période comme son nom l’indique transitoire, où coexistent l’ancien et le nouveau.

Le modèle espagnol est un cas d’école. Les espagnols n’ont même pas jugé nécessaire ou utile de créer des commissions de réconciliation. Ils ont inventé une excellente idée : le fameux «Pacte d’oubli», très révélateur…

Je me rappelle également de la déclaration du grand leader syndicaliste polonais Lech Valeza, lors de sa visite en Tunisie post-14 janvier. S’adressant aux Tunisiens, il a affirmé que  « la réussite de votre transition démocratique dépendra de la manière dont vous allez gérer l’héritage de l’ancien régime ».

Une vision partagée aussi par Philippe Gonzalez, l’ancien chef du gouvernement espagnol. Malheureusement la présidente de l’IVD n’était pas dans cette culture. On connaît la suite.

La nostalgie de l’ancien régime s’explique surtout par l’échec des différents gouvernements qui se sont succédé depuis sept ans et par la détérioration des conditions de vie des Tunisiens, par l’image des politiques post-14 janvier et le manque de visibilité quant à l’avenir du pays.

L’ex- RCD peut-il revenir sur le devant de la scène ?

Il n’y a plus d’entité politique pouvant prétendre être à elle seule l’héritière ou le prolongement de l’ancien parti. Aujourd’hui, plusieurs individus, groupes voire même partis se déclarent non pas du point de vue organisationnel, mais plutôt politique comme faisant partie de la mouvance Destourienne. Sans pour autant préciser davantage leur positionnement. Sans non plus dresser un bilan critique des expériences antérieures. Pour ne pas être sévère ou sélectif, je citerais l’effort fourni par BCE lors de la fondation du Nidaa ou celui de mes amis de l’Amicale des anciens députés. Nous avons besoin de plus d’efforts et de débats pour faire une bonne synthèse de l’œuvre des Destouriens toutes périodes confondues. D’ailleurs, je ne crois pas du tout à ce faux clivage Destourien / PSD / Rcdiste… Pure démagogie et surenchère.

Il y a lieu d’assumer et les zones de lumières et les zones d’ombres de toutes les périodes de l’expérience destourienne. Du mouvement de libération nationale à la création de l’Etat d’indépendance en passant par le régime de Bourguiba jusqu’à celui de Ben Ali. C’est un tout indivisible.

La sensibilité destourienne est une composante essentielle du paysage politique tunisien à travers l’histoire contemporaine de la Tunisie. Pour la pérennité de cette sensibilité, il y a lieu de faire son autocritique et de construire une nouvelle identité politique sur la base des fondamentaux de cette école et en intégrant les nouvelles valeurs issues du changement du 14 janvier.

À partir de ce constat, il n’est pas indiqué de parler d’un retour du RCD. C’est aberrant, insensé et caduc. Mais parler d’une renaissance de la mouvance destourienne dans des partis autonomes ou faisant partie de sensibilités au sein de partis pluralistes est possible. C’est ce que nous vivons aujourd’hui avec le parti Destourien libre ou Al Moubadra ou même Nidaa Tounes.

Le dernier SG du RCD a déclaré, en pleine campagne municipale, que pas moins de 70 à 80% des listes électorales sont constituées d’anciens Rcdistes !! La sainte alliance islamo-gauchiste a beau cherché à éradiquer cette mouvance mais en vain. C’est une réalité sociologique et historique. Ennahdha a changé de tactique. Elle est de plus en plus dans la stratégie du recyclage et de la récupération des anciens militants Destouriens.

Le rapport de Crisis Group recommande la création d’un gouvernement de technocrates. Est-ce possible?

Dans l’immédiat, ce n’est peut-être pas possible, mais c’est très envisageable au cours des mois à venir. Le dernier rapport de Crisis Groupe est le troisième sur la Tunisie. Les deux précédents étaient axés sur : « La transition bloquée, la corruption et les inégalités régionales » d’une part, et : « Comment endiguer la dérive autoritaire », d’autre part.

Les trois se distinguent par une parfaite analyse de la situation et une connaissance profonde des enjeux politiques et sociaux. Le diagnostic est bien fait et traduit bien la réalité. Pour ce qui est des solutions c’est toujours discutable. Les acteurs politiques nationaux sont mieux placés pour définir les perspectives et les solutions, donner de l’espoir aux Tunisiens, dissiper les incompréhensions et dépasser les frustrations.

Le dernier rapport n’exclut pas le scénario d’un gouvernement de technocrates. La question va certainement resurgir de nouveau après la saison estivale, la rentrée scolaire et administrative et la préparation du nouveau budget.

Certes, on n’a pas de tradition en matière de séparation entre la gestion des affaires de l’État et l’Agenda électoral. La neutralité du personnel politique n’est pas pour aujourd’hui. Ce n’est pas uniquement une question juridique, c’est avant tout une affaire de maturité politique. On a toujours été dans l’ambiguïté et l’instrumentalisation. Il est alors indiqué de séparer les deux processus.

Le gouvernement de technocrates aura d’un côté la responsabilité de rationaliser et d’optimiser un tant soit peu la gestion des affaires de l’état avec plus d’efficience et de bonne gouvernance, et d’un autre côté le devoir de bien accompagner le processus vers les prochaines échéances électorales.

Pour finir, je dirais que le titre du rapport de Crisis Group est en lui-même pertinent et révélateur, car il évoque beaucoup plus des querelles entre personnes ou familles que des conflits liés à des projets et des programmes politiques différents.

Etat des lieux, ça donne quoi ?

Nous sommes dans une crise dans la crise, à savoir une crise constitutionnelle, car avec l’absence d’une Cour Constitutionnelle et l’impossibilité  d’élire un nouveau président de l’ISIE les choses se compliquent au point de nourrir les spéculations sur un éventuel report des échéances électorales prochaines. A cela s’ajoute le fait que nous n’avons pas encore résolu la crise entre les deux pouvoirs exécutifs que sont la présidence de la République et la présidence du Gouvernement. Ainsi que la crise des partis politiques qu’on a tendance à diaboliser et qui sont critiqués tant par le camp des pro-islamistes que le camp des réformistes.

Comment analysez-vous le bras de fer entre le Chef du gouvernement et le Chef de l’Etat ? 

Tout le monde sait que Youssef Chahed est un choix de BCE. Dire qu’il était l’un des dirigeants de NidaaTounes destiné à jouer les premiers rôles aussi bien au sein du parti qu’au niveau national est vraiment exagéré. Il est vrai qu’il a présidé le fameux comité des 13 qui avait préparé le congrès de Sousse et qui a installé HCE à la tête du parti. Par la suite, il n’a jamais remis en cause le leadership de Hafedh ni critiqué sa gestion catastrophique du parti. Mais pendant ces quatre années aussi, il n’a jamais participé aux activités de Nidaa ni assisté aux commissions de réflexion.

D’ailleurs, fait saillant et révélateur, alors que tout le staff du cabinet présidentiel et tous les membres Nidaaistes du gouvernement ainsi que des hauts cadres de l’administration étaient présents à la conférence nationale préparatoire des élections municipales, lui a brillé par son absence tout en justifiant cette réunion… Il a pris le train en marche durant la campagne en portant un tee-shirt Nidaa Tounes et en affirmant qu’il votera Nidaa Tounes. Ce n’est qu’après les résultats des municipales qu’il a décidé de tirer à boulets rouges sur HCE au moment où le président BCE était à l’étranger. On connaît la suite.

Youssef Chahed aurait pu être un bon challenge pour les Nidaaistes et les Tunisiens, mais il n’a cessé de confirmer qu’il est mal entouré, mal conseillé, aussi « mazroub » (pressé) que les autres, prêt à utiliser tous les moyens pour aller chercher le pouvoir y compris la rupture avec son mentor, son parti et ses alliés naturels au point de s’allier avec ses adversaires. Drôle de parcours ! Que du gâchis.

Il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Même affaibli avec un bilan controversé et rattrapé par l’âge, BCE demeure un élément clé de l’échiquier politique. Les derniers événements l’ont bien montré. L’avenir se fait aussi avec lui. J’espère qu’il saura bien gérer sa succession. Il y va de la stabilité de notre pays.

À la veille d’échéances électorales importantes et dans un climat de crises, le choix de Youssef Chahed de faire la course vers le pouvoir contre la volonté du président et de son parti n’a fait que déstabiliser et fragiliser davantage les institutions. À qui profite le crime ? Pour qui sonne le glas ? Aux jeux d’échecs comme en politique, le plus dur est toujours le coup d’après. Or, de Youssef Chahed on ne connait ni sa vision ni son projet.

Même si on peut lui reconnaître un certain redressement de l’économie, la perception politique est plutôt mitigée. Au-delà des chiffres, le cœur n’y est pas.

Quelles solutions pour le parti Nidaa Tounes ?

D’aucuns pourraient poser la question autrement : Nidaa Tounes aura-t-il un avenir? Pour être conséquent avec le constat que nous avons fait, on peut dire qu’il va de soi que le choix proposé aujourd’hui aux Tunisiens n’est pas entre le mal et le bien, mais plutôt entre le mal et le moindre mal. Il y a quelques mois, ma réponse à cette question était souvent négative. Mais, je l’avoue, aujourd’hui je suis de plus en plus animé par la volonté de m’engager avec plusieurs militants de la première heure de Nidaa, déterminés à réunir les bonnes conditions pour une relance crédible, en impliquant la base, les régions et les différentes sensibilités. Il vaut mieux allumer une chandelle que maudire l’obscurité, n’est-ce pas ?

C’est un choix difficile mais nécessaire. Après son implosion, la reconstruction de Nidaa Tounes n’est pas une tâche facile. Toutes les tentatives dissidentes, si louables et respectées soient-elles, n’ont pas pu, du moins jusqu’à présent, réaliser les objectifs escomptés, à savoir créer des formations capables d’être compétitives et aptes à garantir l’équilibre politique. Cet élément est fondamental dans notre décision. Avec la dynamique de reconstruction de Nidaa nous allons œuvrer avec la même détermination pour une autre dynamique nom moins importante à savoir l’unité des forces centristes et modernistes. Nous prônons l’ouverture, sans exclusion, à toutes les forces démocratiques avec qui nous partageons les mêmes fondamentaux.

Nous appelons à un sursaut national qui nécessite au préalable de la part des dirigeants et des fondateurs du Nidaa Tounes une véritable autocritique et un bilan franc de l’expérience vécue pour en tirer les conséquences. Un devoir moral envers les militants et à travers eux les Tunisiens doit conduire à reconnaître ses erreurs et s’excuser. Un changement de casting s’impose. Ce qui impose le départ ou du moins le retrait des premiers responsables qui sont à l’origine de cet échec. Et ceci conformément aux traditions des partis qui se respectent. Afin d’éviter de reproduire les mêmes erreurs, un système d’évaluation, d’autocritique et de bonne gouvernance doit s’instaurer dans les règlements et les statuts qui régissent le fonctionnement du parti.

N’en déplaise à certains, adeptes de la pensée unique, j’avoue que, à mon humble avis, Nidaa Tounes ne sera pas l’unique solution mais ferait plutôt partie de la solution, afin d’instaurer la confiance et assurer l’équilibre des forces.

 

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Samir Dilou : La situation du pays exige que Youssef Chahed ne se présente pas à la présidentielle

Lors de son passage à la matinale de Shems FM ce vendredi 31 août 2018, le député du bloc parlementaire Ennahdha, Samir Dilou a affirmé que le soutien de son parti au chef du gouvernement, Youssef Chahed n’est pas conditionné soulignant qu’en théorie rien ne l’empêche de se porter candidat à la présidentielle de 2019.

 

« Notre appui à Youssef Chahed ne se base pas sur du chantage ou de l’extorsion ou sur la condition qu’il ne se présente pas aux élections. D’ailleurs, quand nous avons exprimé notre position vis-à-vis du gouvernement, la question des élections n’était pas abordée. La situation difficile que traverse le pays exige que Youssef Chahed ne se porte pas candidat. Il est appelé aujourd’hui à procéder à des réformes et il doit être totalement libre de tout autre engagement pour ce faire. Ne pas se porter candidat n’est donc pas une condition mais plutôt un point de vue », précise M. Dilou.

 

Le député Ennahdha a réitéré, par ailleurs, l’attachement de son parti à la stabilité politique nécessaire pour la réalisation de la stabilité socio-économique. Il a, dans ce sens, indiqué qu’Ennahdha soutient Youssef Chahed concernant les grandes réformes ajoutant que l’intérêt du pays prime sur les échéances électorales qui se dérouleront à temps comme convenu.

 

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Karim Ben Kahla : 6 mois ne suffisent pas pour faire sortir le pays de la crise !

Karim Ben Kahla, professeur universitaire et président du Cercle Kheiredine, le Think Tank traitant des grands sujets économiques, financiers et sociaux a été l’invité d’Expresso sur Express FM ce mardi 28 août 2018. Lors de son passage à l’émission, M. Kahla a souligné l’urgence de procéder aux actions qui peuvent rétablir la confiance entre l’Etat et les citoyens afin de pouvoir faire passer les grandes réformes.

 

Expert sollicité par l’Institut tunisien des études stratégiques (Ites), M. Ben Kahla est revenu sur la déclaration du président de l’Institut, Néji Jalloul concernant la crise économique qui plombe le pays. Dans cette déclaration, le membre du bureau politique de Nidaa Tounes a annoncé que son parti disposait des solutions susceptibles de débloquer cette crise en seulement 6 mois.

« Ce qui est d’urgence aujourd’hui est comment rétablir la confiance en entreprenant certaines mesures. Nous vivons à présent une crise de la pensée économique dans le sens où le raisonnement en termes d’agrégats et de chiffres ne marche plus et ne peut pas marcher dans une situation aussi complexe que la nôtre. Il faut plutôt raisonner en termes de logique d’acteurs afin de faire adhérer les gens aux réformes et donc rétablir la confiance », précise M. Ben Kahla.

 

Il a, ainsi, ajouté qu’en  6 mois, il est possible de recréer des mouvements ainsi que de repenser le rôle de l’Etat et réviser celui des organisations nationales notamment l’UGTT et l’Utica. La concrétisation des réformes, par contre, requiert bien plus de temps.

Dans ce sens, « avec la configuration politique d’aujourd’hui, nous devons nous habituer à un Etat consensuel, relativement stratège où la société se prend en charge ».